|
L'Étoile du Matin projet pilote
d'un groupe de femmes productrices en Bolivie. L'Étoile du Matin est le nom d'un groupe d'artisanes d'une communauté indienne Quechua: El Terrado. Ce projet a débuté en septembre 1998 et a été soutenu, en 2002, par "Partage Sans Frontières", le Ministère des Affaires Étrangères, à travers les dotations Nord-Sud organisées par La Guilde Européenne du Raid et par "Solidarité avec les Indiens de Potosí/Bolivie" (36 rue Lehot, 92600 Asnières). En 2003, "Ayllu" collabore à la concrétisation des recherches de débouchés commerciaux. 1. Contexte socio-économique local. El Terrado est une communauté paysanne Quechua appartenant au département de Potosi, à mi-distance entre Sucre et Potosi. Située à 3000 m d'altitude, la communauté compte 80 familles. La région est semi-désertique et l'absence de systèmes d'irrigation rend en général les récoltes insuffisantes pour que les familles puissent se nourrir toute l'année. Il n'existe pas non plus, localement, de source de travail. Pour faire face à l'absence de ressources financières, les hommes sont souvent contraints de migrer 3 à 6 mois par an pour vendre leur force de travail dans la région de Santa-Cruz où ont lieu les récoltes de canne à sucre et de coton. Outre les salaires peu élevés, la mécanisation de la coupe de la canne à sucre a fait fortement baisser le taux d'embauche ces dernières années. La migration en Argentine, jusqu'à la fin 2001, restait alors une alternative pour bon nombre de paysans prêts à travailler dans le bâtiment. Mais les difficultés économiques que traverse actuellement l'Argentine, ont privé les Boliviens de cette source de travail. Du point de vue des femmes, l'absence saisonnière de leur mari leur impose un isolement quotidien difficile et une charge de travail importante. Seules à gérer les enfants et l'intendance (cuisine au bois et points d'eau éloignés), l'absence totale de ressources économiques nécessaires à l'achat d'huile, de sucre ou de matériel scolaire les maintient dans une situation de survie précaire. 2. Historique du projet C'est en septembre 1998, que suite aux visites régulières d'une famille Française au sein de la communauté d'El Terrado, le groupe l'Étoile du Matin décide de se constituer pour répondre à deux souhaits récurrents des femmes: avoir accès à des formations pratiques et améliorer les ressources financières de la famille. Par la présence d'une coordinatrice Française - Florence Masson - les femmes se lancent alors dans l'apprentissage du tricot avec l'ambition de subvenir elles-mêmes aux nécessités en lainage de leur famille. Très rapidement elles se rendent compte qu'elles sont capables d'atteindre cet objectif et un processus d'auto estime commence progressivement à s'enclencher au sein du groupe. Parallèlement, ces femmes tissent chaque année, sur des métiers à tisser traditionnels, des couvertures (phullu) et des grands carrés de tissu servant à porter les charges dans le dos (aguayos). Ces tissages constituent une épargne et sont parfois proposés à la vente localement lorsqu'il y a besoin d'argent. C'est donc à partir de ces tissages traditionnels, très prisés en Europe en raison de l'authenticité de leur technique et de leurs nombreuses couleurs, que l'idée est venue de produire un artisanat de qualité destiné à la vente. Il fallait pour cela introduire la couture pour transformer les tissus traditionnels en objets tels que des sacs, des pochettes, des trousses… En 1999, un atelier en dur est construit au sein même de la communauté d'El Terrado pour permettre aux femmes d'avoir un espace propre à leurs activités manuelles. En 2000 et 2001, l'atelier s'équipe progressivement en machines et les femmes ont accès à des formations techniques (crochet, métiers à tisser à pédales, couture). Parallèlement l'atelier s'ouvre à des promotrices d'artisanat de communautés voisines. Les femmes d'El Terrado se chargent elles-mêmes de l'enseignement. Enfin des tissages traditionnels sont vendus en France et participent au processus d'auto estime des femmes d'El Terrado qui réalisent progressivement la valeur de leur savoir-faire traditionnel. En 2002, plusieurs stages de couture sont organisés à El Terrado, afin de permettre la production d'un artisanat de qualité réalisé à partir de tissages traditionnels et destiné à la vente: porte-monnaie, portefeuilles, sacs à main, pochettes, sacs à dos, trousses de toilette…..Les femmes de l'Étoile du Matin sont formées à la gestion des stocks et d'un fond de roulement. 3. La situation en 2003 Toutes les femmes du groupe l'Étoile du Matin savent tricoter et crocheter et sont capables de remédier aux besoins de leur famille en matière de lainage. À partir des tissages traditionnels, et grâce à la couture, elles sont en mesure de confectionner des objets d'artisanat de qualité. Enfin, les femmes d'El Terrado ont acquis une meilleure estime d'elles-mêmes: elles ont non seulement pris conscience de la valeur de leur savoir-faire traditionnel, mais aussi de leur responsabilité dans la pérennité de cette tradition: aujourd'hui, elles sont désireuses de transmettre leur technique traditionnelle à leurs enfants. Enfin, le groupe est reconnu comme groupe pilote dans le reste du canton. Depuis plusieurs mois, l'atelier fonctionne de manière autonome, sans l'intervention de la coordinatrice française, depuis l'achat de la matière première jusqu'à la réalisation des produits. La commercialisation de cet artisanat reste la partie à consolider. Un voyage en France en mai dernier, de la coordinatrice, a permis d'étudier la manière dont l'artisanat de l'Étoile du Matin pourrait se situer sur le marché du commerce équitable. Les produits de l'Étoile du Matin ont reçu un très bon accueil: des critères de qualité et d'originalité ont été reconnus. La rencontre avec quelques associations francaises spécialisées dans le commerce équitable, a permis de prendre conscience de la nécessité pour l'Étoile du Matin, d'intégrer un regroupement de producteurs en Bolivie, de manière à faciliter les questions pratiques de transport et de douane. Dans cette perspective, l'Étoile du Matin est actuellement en contact avec une association bolivienne qui regroupe plusieurs artisans sur les différents départements de la Bolivie. Cette association de producteurs gère également trois magasins d'artisanat - à La-Paz et à Sucre - et permettrait à une partie de la production de l'Étoile du Matin d'être proposée à la vente localement. Enfin, un voyage à La-Paz est prévu avant la fin 2003, pour permettre à
plusieurs femmes du groupe de découvrir leur capitale administrative, de
rencontrer les responsables de cette association d'artisans boliviens, de
découvrir les différents magasins d'artisanat et de localiser les points
d'achat de la matière première nécessaire à la confection de l'artisanat de
l'Étoile du Matin. |